ACTE CINQIESME
SCENE PREMIERE

VIR. Venez me tenir compagnie tant que vous estes. Stragualcia, vien quant et les autres.
STRA. Embastonné ou non? Car quant à moy, ie n’ay point de baston.
VIR. Imprunte icy au logis de l’hoste quelque vouge, ou quelque autre ferrement.
SCA. Sire, auecq’ la targe il apartiendroit vien auoir vne lance.
VIR. Ie ne me soucie plus de lance, il me sufit de cecy seulement.
SCA. Cese rondelle seroit ce me semble plus propre pour vous, veu que vous estes en pourpoint.
VIR. Non, ceste cy couure mieux. Oh oh! Penseroit ce veau qu’il m’eust trouué pour vne beste? I’ay peur qu’il ne tue ceste pauure fille.
STRA. Maistre, voicy bon baston, ie les veux tous enfiler de trauers en ceste broche, comme beaux becasseaux.
SCA. Mais que veux-tu faire de ce rost?
STRA. Mon amy, i’entens bien que c’est du camp. Car c’est la premiere chose qu’il fault, que de faire prouision de victuailles.
SCA. Et de se flascon, qu’en veux-tu faire?
STRA. Pour r’afraisher les soldatz, si pour premier choc se retiroient en arriere.
SCA. Celà ne me semble pas mauuais, car il nous en pourroit autant auecir.
STRA. Maistre, voulez-vous que tout d’vn coup ie vous embroche le vieillard auecq’ sa fille, les seruiteurs, la maison, et tout comme beaux perdriaux? Au vieillard, ie vous luy ficheray ceste broche au trou de cul, et la feray sortir par les yeux. Les autes, ie les vous embrocheray de trauers comme belles alouettes.
VIR. La maison est ouuerte. Ie gage que ceux cy auront fait quelque embusche.
STRA. Embusche? Vorps bieu celà yroit mal. Encor’ ay-ie plus grand peur du boys que du feu. Mais voicy le magister qui sort de leans.
PED. Laissez en faire à moy. Ie vous rens la chose toute faite, sire Gerard.
STRA. Sire, tenez vous bien sur voz gardes car ce magister cy se pourroit bien estre rebellé, et apointé auecq’ noz ennemys. O l’on trouue peu de telles gents qui tiennent bon. Voulez vous que ie commence à l’embrocher, et que ie die, et vn?
PED. Sire Virginio, mon bon maistre, que signifient ces bastons?
STRA. Ha, ha! Ne m’en doutois-ie pas bien?
VIR. Ou est ma fille? Qu’il me la rende tout à ceste heure? Car ie la veux remener en ma maison, ou par la mort. Et vous? Auez vous retrouué Fabritio?
PED. Il est retrouué, Dieu mercy!
VIR. Et ou est il?
PED. Ceans, ou il a pris vne tresbelle femme, pourueu que vous en soyez content.
VIR. Femme? Et qui est elle?
STRA. O mon amy! Nous voylà bien par le corps bieu me voylà riche, riche.
PED. Ceste belle et honneste fille de Gerard.
VIR. Et comment celà? Gerard me vouloit n’agueres tuer?
PED. Rem omnem a principio audies. Entrons ceans, et vous sçaurez tout l’affaire, sire Gerard, hau? Sortez à seureté.
GER. O Virgine mon amy! Le plus estrange cas que iamais fut. Ie te pry’, entre, entre.
STRA. L’embrocheray-ie. Mais la chair ne vault pas l’embrocher.
GER Fay mettre ius ces bastons, car vrayment il y a bien pour rire.
VIR. Le fais-ie à seureté?
PED. Seurement, sur ma vie. Ie vous en responde.
VIR. Or sus, retirez vous doncq’ au logis vous autres? Mettez bas ces armes, et que l’on m’aporte ma robe.
PED. Fabritio, venz faire reuerance à vostre pere.
VIR. Et comment? N’est ce pas cy Lelia?
PED. Non sire, cestury est vostre fils Fabritio.
VIR. O mon cher filz! Mon amy.
FAB. O pere tant de iours de moy desiré!
VIR. Mon filz, mon amy, que ie t’ay pleuré de foys!
PED. Entre, entre ceans, Virginio. Tu ne sçais pas encor’ tout. Tu verras tantost bien d’autres matieres. Ie te veux bien dire plus, que ta fille est au logis de ta norrisse.
VIR. O mon Dieu! Que de graces et merciz ie te rends, que de plaisirs tu me donnes en vn coup!

SCENE SECONDE

CRI. Ie vous dy que ie l’ay veu au logis de Clemence sa norrisse, et l’ay veu de mes deux yeux, et ouy de mes deux aureilles.
FLA. Regarde bien aussi que ce fust Fabio.
CRI. Pensez-vous pas bien que ie le cognoisse?
FLA. Allons y doncq’. Si ie les rencontre.
CRI. Vous gasterez tout, ayez pacience tant qu’il sorte du logis.
FLA. Et le dyable ne le feroit pas que i’eusses plus de pacience.
CRI. Vous estes homme pour gaster tout le ieu.
FLA. Ie n’en ay que faire, tic, toc, toc.
CLE. Qui est là, qui est là?
FLA. Gents de bien. Norrisse descends vn peu ça bas.
CLE. Oh, oh? Que me voulez vous, seigneur Flaminio?
FLA. Ouure, et puys ie le te diray.
CLE. Atendez, i’y voys.
FLA. Si tost qu’elle aura ouert l’huys, entre soudain leans, monte à amont, voy s’il y est, et m’apelle.
CRI. Laissez m’en faire.
CLE. Et bien que dites vouis? Seigneur Flaminio,
FLA. Que fais-tu ceans de mon paige?
CLE. Quel paige? Et toy, ou entre-tu presumpteux? Mercy Dieu! Veux tu entrer en mon logis par force?
FLA. Clemence, par la sacrée, intemerée, pure, si tu ne me le rends —
CLE. Que voulez-vous que ie vous rende?
FLA. Mon paige, qui s’en est enfuy en ton logis.
CLE. En mon logis n’y a point de seruiteur vostre, mais trop bien vne seruante à vostre commandement.
FLA. Clemence, il n’est point à ceste heure temps de railler. Tu as tousiours esté preste à me faire seruice, et moy pareillement à toy. Tu m’as fait des plaisirs, et moy à toy. Maintenant ce cas est de trop grande importance.
CLE. Il y aura icy quelque fureur d’amou,r ie m’en doute. Or sus Flaminio, laissez passier vn peu ceste colere.
FLA. Rends moy Fabio, te dy-ie?
CLE. Vous l’aurez, n’ayez peur.
FLA. Il sufit, fay le doncq’ venir à bas.
CLE. Ho, ne soyes point si furieux, en bonne foy si i’estois encor’ bieu ieune, et ie vous pleusse, ie ne voudrois iamais auoir à faire à vous. Mais comment se porte Ysabelle? Qu’en est il?
FLA. Ie voudrois qu’elle fust au dyable.
CLE. Oh, vous ne le dits pas du bon du cueur.
FLA. Ie ne le dy pas du bon du cueur? Ie te sçay bien dire qu’elle a fait et fenné à moy.
CLE. Hé, par mon ame, tous mauxvous sont bien employez à vous autres ieunes folastres, qui estes les plus ingrates gents du monde.
FLA. Ha, ne dy pas celà du moy, car tous autres vices se pourroient possible esprouuer en moy, hors cestuy cy, que ie sois ingrate ha iamais. Ie t’en auertis que c’est le peché qui plus me desplaist en ce monde.
CLE. Monsieur, ce que i’en dy, ce n’est pas pour vous. Mais il fut en ceste ville vne ieune fille, laquelle s’aperceuant estre en grace d’vn gentilhomme Modenois, semblable du tout à vostre personne, deuint aussi tant amoureuse de luy qu’elle ne le voyoit ne puys ça, ne puys là, sinon que tant qu’el estoit long.
FLA. Bien heureux estoit il, et trop bien fortuné. Cela ne pourray-ie iamais dire de moy.
CLE. Auiot que le pere enuoye ceste pauure ieune fille, tant amoureuse, hors de ceste ville, laquelle à son departement pleura tant qu’à merueilles, craignant que son amy ne tint plus conte d’elle apres son depart, ce qui auiunt, car tout soudain el en reprit vne autre, et en deuint autant amoureux comme si iamais il n’eust veu la premiere.
FLA. Ie veux dire que tel ne fut oncq’ gentilhomme, mais vilain parfait.
CLE. Escoutez? Vous orrez. Qui pis est, la ieune fille estant de retour quelque moys après, et trouuant que son amoureux s’estoit embusché ailleurs, et encor’ en lieu, auquel il n’estoit gueres aymé. Pensant luy deuoir faire plaisir, habandonna la maison de son pere et mist son honneur en danger, de sorte que vestue en seruiteur s’acorda auecq’ sondit amant pour paige.
FLA. Me dites vous que ce cas est auenu en ceste ville?
CLE. Oh, vous cognoissez bien l’vn et l’autre!
FLA. I’aymerois mieux estre le tel bien heureux, plustost que d’estre seigneur de Milan.
CLE. Et quoy? Cestuy sien amoureux, ne la cognoissant aucunement, s’ayda d’elle pour estre moyen entre sà seconde amoureuse, et bien, tellement que la pauure fille, pour faire plaisir à son amy, se mist en deuoir de tout faire.
FLA. O fille constant et vertueuse! O ferme amour! Chose vrayement digne d’estre mise pour exemple au temps auenir. Ah qu’il ne m’est auenu en tel cas!
CLE. Oh, may foy aussi bien ne lairrez vous Ysabelle, c’est folie.
FLA. Ie lairrois (à peu que ie ne te dy) Dieu le creteur pour seruir vne telle. Et ie te pry’, Clemence, fay me cognoistre qui elle st.
CLE. I’en suis contente. Mais ie veux que vous me dissiez premierement, sur vostre conscience et en foy de noble gentilhomme, si vn tel cas vous estoit auenu que feriez fous à la pauure ieunn fille. La dechasseriez vous, entendu ce qu’elle vous auoit fait? La tueriez vous? Ou si vous l’estimeriez digne de quelque guerdon?
FLA. Ie te iure , par la vertu de ce soleil, que tu voys là au ciel, ou que iamais ie ne me puisse trouuer en compagnie de gentilhommes et nobles cheualiers mes pareilz, si ie ne prenois plustost à femme vne telle amye, fust elle layde, fust elle pauure, fust elle de plus bas lieu de ceste ville, que ie ne ferois la fille du Duc de Ferrare.
CLE. Vrayement voylà vn grand cas! Et ainsi me le voudriez-vous bien iurer?
FLA. Ainsi te le iure, et ainsi en ferois-ie.
CLE. Tu en sois tesmoing, hau Thibauld.
CRI. I’ay bien ouy, voyre, ha croyez d’vn cas qu’il le feroit.
CLE. Or maintenant ie vous veux donner cognoissance de la dame de que ie vous ay parlé, et vous monstreray qui est le cheualier semblablement. Fabio, o Fabio! Viens en bas à ton maistre qui de demande.
FLA. Que t’en semble. Cruiello, le doy-ie tuer ce trahistre, ou que dois-ie faire? Si m’estoit il bon seruiteur toutesfois.
CRI. Ho ie m’en fusse bien esmerueillé, si vous loy eussiez fait mal, c’estoit tousiours ce que ie pensois. Hé que loy feriez vous? Pardonnez ly hardiment. Mai foi aussi bien ceste truande d’Ysabelle ne vous ayma iamais de bon cueur.
FLA. Cor bieu, tu as en dit la verité.

SCENE TROISIESME

PAS. Laissez m’en faire. Ie n’y faudray point. Ie vous ay bien entendu, ie luy diray tout ce que vous m’auez commade.
CLE. Voyez cy, seigneur Flaminio, vostre Fabio. Regardez le bien enter deux yeux! Le cognoissez vous bien maintenant? Vous en esmerueillez? Et celle mesme est la si fidele et constante ieune fille amoreuse que ie vous disois. Considerez la bien, vour si vous la recognoistrez. Vous en perdez la parole? Flaminio, que veult dire celà? Et vous mesmes estes celuy qui si peu prisez et estimez l’amour de vostre dame! C’est la verité que ie vous chante, ne pensez point estre deceu? Regardez y bien à deux foys, si ce que ie vous dy peult estre vray ou non. Or maintenant tenez moy ce que vous m’auez promis, ou ie vous appelleray en toute vonne compagnie Normand et pis.
FLA. Ie ne pense point qu’au monde fust iamais plus belle tromperie que ceste cy. Est il possible que i’aye esté si aueuglé que iamais ie ne l’aye peu recognoistre?
CRI. Mais qui fut iamais plus aueuglé que moy? Qui l’ay voulu plus de cent fois esprouuer? Que maudit en soit! Oh que i’ay esté la grosse beste!
PAS. Clemence, Virgino dit ainsi que tu t’en viennes tout maintentant et bien tost à nostre maison, pour autant qu’il a trouué femme à Fabritio son filz, qui est auiourd’huy reuenu. Et pource fault que tu te transportes au logis, pour mettre tout en ordre, car tu sçais bien qu’il n’y a femme qui entende mieux ceste affaire que toy.
CLE. Comment? Gemme, et qui est elle?
PAS. Ysabelle, fille de mon maistre Gerard.
FLA. Qui? Ysabelle fille de Gerard Foyani, ton maistre? Ou si c’est vne autre?
PAS. Quoy? Vne autre? Ie dy moy que c’est elle mesmes. Ne sçauez-vous pas bien que l’on dit, que pourceau paresseux ne menge iamais poire molle.
CLE. Mais est il ainsi, à la verité?
PAS. Il est ainsi. I’ay esté presente à tout ce qui en a esté fait. Ie luy ay feu mettre l’anneau au doigt, s’entrebaiser et embracer l’vn l’autre, et faire grand chere, mais deuant que le compagnon luy baillast l’anneau, ma maistresse luy auoit desia baillé ie sçay bien quoy.
FLA. Combien ya il que ce fut?
PAS. Tout à ceste heure, et puys ilz m’ont enuoyée courant dire les nouuelles à Clemence, et l’apeller pour mettre tout en order pour les noces.
CLE. Dy luy, Pasquette, que ie n’arresteray gueres à me trouuer là. Ie y seray aussi tost que toy, va.
LEL. O seigneur Dieu! Que de biens et de plaisirs me donnez vous pour vn coup!
PAS. Atendons vn petit. I’ay tant d’afaires encor’, et de messages à porter, que ie ne sçay auquel commencer le premier. Il me fault aller acheter des franges, des houpes, des brouilleries, l’en ay tant quil ne m’en souuient. Ha, voire mais, norrise, i’auois oublié à te demander si Lelia estoit ceans, car Gerard luy a dit qu’elle y est.
CLE. Tu dois estre seure qu’elle y est vrayement. Et bien, qu’en veult il faire? La veult il marier à ce beau fantosme de ton maistre? May foy il deüroit auoir grand’ honte.
PAS. Ha, tu ne cognois pas bien encor’ mon maistre, non? Si tu sçauois comment il est aspre à la besongue, tu ne dirois pas celà.
CLE. Ouy vrayement, ie t’en croy, tu le dois auoir essayé.
PAS. Autant que tu as fait la tien. A Dieu, à Dieu, il me fault haster d’aller.
FLA. La veult il doncq’ marier à Gerard?
CLE. Et ouy, que bon gré en ayt ma vie, or voyez si cest pauure ieune fille n’est pas bien mal fortunée.
FLA. N’eust il non plus de vie au corps, comme il l’espousera, la vieillard. Quand tout est dit, Clemence, ie pense certainement c’est icy vne volunté de Dieu,lequel a eu piti´´de ceste si vertueuse ieunne fille, et semblablement de mon ame, qu’elle ne voyse en voye de perdition. Et pour ceste cause, ma dame Lelia, m’ayme (pouruou que vous en soyez bien contente). Ie ne veux iamais auoir autre femme esponsée que vous, et vous prometz la foy de gentilhomme et de vray cheualier, que si ie ne vous ay, ie ne suis iamais pour en prendre d’autre.
LEL. Flaminio, vous estes et auez tousiours esté mon maistre et mon seigneur, et sçauez tresbien ce que i’ay fait, à quelle occasion ie l’ay fait, car iamais ie n’eu autre desir que cestuy cy.
FLA. Assez me l’auez monstré, m’ayme, et pourtant, ie vous suply’ tresgrandement me pardonner, se ie vous ay fait quelque desplair par ne vous auoir point cogneuë, car certainement i’en suis tres repentant, et recognois bien maintenant ma faulte.
LEL. Vous ne sçauriez, signeur, iamais auoir fait chose qui ne m’ay esté agreable.
FLA. Clemence, ie ne veux point atendre plus long temps, que quelque mal’ encontre ne me destournast ceste bone auanture. Ie la veux espouser tout maintenant, si elle en est contente.
LEL. Tres contente.
CRI. Or Dieu en soit loué, et vous, mon maistre seigneur Flaminio, en estes vous content pareillement? Si vous pensez que ie ne soys notaire? Tenez, tenez, voyez s i i’en ay belle letre?
FLA. Content, autant que de chose que ie fisse iamais.
CRI. Or maintenant espousez vous à vostre ayse, et vous en allez faire les noces, et vous couchez tresbien et chaudemet, et besongnez en apostres, seurement, sans autre suspicion de personne. Mais ie ne vous auois pas dit que vous la baisissiez dea?
CLE. Sçauez vous que ie pense qu’il seroit bon de faire? Quoe vous entriez ceans en mon logis cependant que i’yray auerter Virginio de tout l’affaire, et donneray la mauuaise nuict à Gerard.
FLA. Va donc ie t’en pry, Clemence, et conte encor’ le tout a Ysabelle.

SCENE QUATREIESME

YSA. Ie vous asseure, mon amy, que ie pensoys fermement que vous fussiez le seruiteur d’vn cheualier de ceste ville, auquel vous ressemblez comme deux goutes d’eau, et ne peult estre que ne soyes son frere.
FAB
. Il en y a eu d’autres auiourd’huy, qui m’ont aussi bien pres en change pour luy tant que ie doutois quasi moymesmes, que l’hoste ne m’eust changé au logis.
YSA. Voycy Clemence vostre norrisse qui vous doit venir voir voluntiers.
CLE. Il ne peult estre que ce ne soit cestuy que ie voy là, car il ressemble du tout à Lelia. O Fabritio mon cher enfant! Mon amy! Que ie t’ay pleure de foys! Hé? Que tu m’as baillé de tristesse au cueur! Et puis mon amy, te portes tu bien, au moins?
FAB. Vous le voyez, norrisse, m’ayme si bien que mieux ne sçaurois ce me semble.
CLE. I’entends bien que nouueaux mariez non sçauroient mal porter.
YSA. Voyre, qui vous l’a desia dit?
CLE. Vrayement ce n’auez vous pas esté, ma dame? Pendant que vous enfiliez de perles vous deux, et que l’on pensoit que ce fust ma fille Lelia, vous n’auiez garde de m’y apeller?
FAB. Tu dis vray? Il ne fut iamias rien de cel`à, non norrisse. Mais au propos, ou est elle, ma seur Lelia?
CLE. Ou elle est? A mon logis, bien empeschée a ses affaire, ainsi que ie croy.
YSA. Comment? M’ayme, luy est il auenu quelque fortune?
CLE. M’ayme ouy, la plusgrande du monde.
FAB. Helas, ie vous prometz que i’en seroys bien marry, et seroit grand dommages, que la pauure fille eust mal.
YSA. Ian mon pere en sera encor’ bien plus falsché, mais qu’il le sçache, car il l’ayme bien.
CLE. Si ne l’espousera il meshuy, ne demain toutesfois.
YSA. Comment cela? Est elle donc malade?
CLE. Nenny, mais elle est desia (ou peu s’en fault) aussi bien femme que vous.
FAB. Ah il y a donc du cas. Ie m’en doute.
CLE. Mon amy, deux noces pour vne. Ie ne te sçaurois dire autre chose. Entrez, tentres ceans, i’ay bien à vous en conter à tous deux.

SCENE CINQIESME

FIN. Ie ne sçay moy quel trebouille mesnage se fait là dedans ceste chambre basse, mais i’oy vne couchette que mene vn bruyt vn tin tamarre qu’il semble que quelque esprit la remue. O Iesus! Mananda si ie n’en ay grand paour! O i’en oy vn que semble qu’il se pleigne et dit mon amy tout bellement, “ne faies pas si fort!” Oh, i’en oy vn autre qui dit “ma vie, mon bien, mon esperance, ma petite femme tresdouce.” Ie ne puis entendre le demourant. En dea, si ie non suis entre deux de fraper à l’huys, pour voir s’ilz s’arrestet ont point. O, en voylà vn autre qui dit “attends moy, ils s’en veulent aller en quelque lieu voluntiers.” Escoutez l’autre qui dit “fay tost ie feray aussi.” Ie gage qu’ils romperont nostre couchette. Nostre pere! Nostre mere! Comment ils la font remuer? Et que celà val dru! Que celà va dru! Mananda en bonne figuette, si ie ne le voys dire à ma mere tout fin en ceste heure.

SCENE SIXIESME

CLE. Mais vien ça, vien. Dis-tu à bon escient ou si tu te moques? Car tu as tant la coustume de me bailler des bourdes, que ie ne sçay quand tu mens, ou quand tu dis vray.
GER. Elle fait celà pour se railler de moy voire, il y a desia troys iours qu’elle ne fait autre chose.
CLE. Railler? Pourquoy m’en raillerois ie? Ay-ie vostre argent, pour me moquer de vous?
VIR. Ma foy ie voy bien que ru te moques va, va, fay la venir? Son frere et nous, la depescherons tout d’vn train.
CLE. Or se ie me moque, que Dieu se puisse donc moquer de moy, non. Enuouez à ma chambre celuy que vous voudrez, si l’on ne vous apoite qu’ilz sont les noces à bon escient, n’en croyez rien.
GER. C’est donc à bon ieu bon argent?
CLE. Michel c’est mon, comment l’entendez vous donc?
GER. Et vien ça meschante, que n’en auertissois tu donc son pere? Ou que tu ne me le faisois-tu assauoir?
CLE. Comment auertir? A grand’ peine eu-ie le loysir de respondre par ma fenestre? Il cuida rompre la porte de mon logis du beau premier sault. Il me dist plus d’iniures, et que ie recelois son page, et que i’estois ie ne vous en sçauroys dire la quarte partie, et qu’il luy feroit, qu’il luy diroit. Encor’ vrayement me vouloit il embrocher, si ie ne m’en fusse bien desendue à belles paroles. Demandez à Pasquette que c’est qui luy dit aussi vn iour de Lelia.
VIR. Voycy le plusgrand cas de quoy i’aye iamais ouy parler, faire celà en mon absence? Au moins m’eust elle dit “mon pere, ie veux auoir vn tel,” vrayement i’eusse tasché à luy complaire. Mais elle ne m’en parla iamais vn seul mot.
CLE. Comment vous l’eust elle dit, qu’elle sçauoit bien que l’acord estoit desia fait entre vous et Gerard?
GER. Ne vouloit elle donc point de moy?
CLE. Ma foy nenny. Vous le dit elle pas à vous mesmes dernierement quand vous la trouuastes à mon huys? D’auantage, il y auoit desia plus de troys ans qu’elle estoit amoureuse de ce gentilhomme, et si sçauez bien en quelz dangers elle s’est mise pour loy, du sorte que quand il l’a entendue, le bon seigneur à telle heure tel disner il l’a espousée.
GER. Il auoit grand’ haste. O patience! Il sufit, ie voy bien que tout celà se fait par mistere.
CLE. Gerard, ne pensez pas que i’en soys cause, car ie vous iure bon serment que iamais ie n’en auois ouy parler qu’à ceste heure (et qui plus est) quand elle me l’eust dit, vous pouuez bien iurer que i’eusse fait grand’ difficulté d’en parler au gentilhomme, de peur d’este refusée.
GER. Or s’en est fait. Puys donc que ainsi est, si ie n’ay ceste là, il m’en fault chercher quelque autre.
CLE. Oh, ma foy ne vous en chaille ia, sire Gerard. Car aussi bien ie vous asseure que ce n’estoit point vostre cas, quant à cest affaire que sçauez. Croyez quelle vous eust en voyé bien tost en Paradis en poste. Ce n’estoit pas ville pour vous. Il vous fault quelque bonne vefue, quelque mere grand de bonnage, qui vos sçache froter l’estomach, face de bous chadeaux, pour vous conforter la poictrine et chauffe tous les soirs vostre bonnet de nuict, de peur de vous refroider la ceruelle, voylà qu’il vous fault. Pensez vous que vne ieune fille ayme à faire toutes ses brouilleries là? Elle demanderoit plustot qu’on la frotast souuent elle mesmes.
GER. L’eusse tasché d’en faire mon deuoir.
CLE. Il y eust eu danger qu’en luy cuydant rompre, sça-vous bien quoy? Vous ne vous y fussiez rompu la teste.
VIR. Or c’est fait, n’en parlons plus. Puys que elle se contente de Flaminio, il fault, Gerard, que tu te contentes sur le ieu.
CLE. Sire, vous n’en deuez par estre marry, ie vous prometz. Ilz sont tous deux ieunes, fortz, et roydes, Dieu mercy. Tous deux beaux et honnestes, vous n’y aurez point de deshonneur. Dieu leur doit grace qu’ilz puissent faire de beaux enfants.
VIR. Voylà que ie pense, puys que Dieu l’a ainsi permis, son nom en soit loué. Ie croy que ç’à esté par son vouloir que le cas est auenu. Car on dit que les mariages se font au ciel. Parquoy Gerard, ne nous en faschons plus, il nous fault faire deux noces en vn iour. Veux tu que nous les allions voir? Nous les trouuerons possible encor’ en champ de bataille?
GER. Allons, ie le veux bien.
CLE. Atendez, ie vous ouuriray l’huys. Mais laissez moy vn peu entrer la premiere, pour les en auertir, car sans doute quand ie me suis partie ie les ay laissez aux estroites voyes. Entrez, entrez hardiment, tout va bien, il n’y a qu’eux.

Mes seigneurs, ne vous amusez point à attendre que ceux cy saillent dehors, car nous ferions la fable trop longue, et trop enneyeuse. S’il vous plaist venir souper auecq’ nous ce soir,ie vous atendray au Sot, et aportez hardiment du quibus, car nous n’auons personne qui depesche gratis. Mais s’il ne vous plaist de venir (ce qui me semble que non), demeurez en ioye et santé, et vois, Intronati, faites signes d’alegresse.

Finis